Groupement Transfrontalier

Un Smic suisse

Il y a quelques années, l’idée même aurait fait frémir les responsables du pays tant ce concept est étranger aux mœurs de la Suisse. Dès cet automne, l’Union Syndicale Suisse (USS) lance une initiative populaire pour la création de salaires minimums, autrement dit l’équivalent du Smic à la française. Pour comprendre l’étrangeté de cette demande, il faut bien intégrer le principe de partenariat social qui, chez nos voisins, se joue entre les syndicats et le patronat. Pour sa part, l’Etat assume un rôle subsidiaire dans les rapports de travail, ce dont se félicitent les deux parties. En fait, les relations du travail sont régies, pour un peu moins d’une moitié des salariés, par des conventions collectives signées entre syndicats et patronat. Pour le reste, il s’agit soit d’accords d’entreprises, soit il n’y a rien du tout, ou pour être plus précis, un droit du travail confédéral qui assure le strict minimum et, en tout cas, ne définit pas de salaire minimum. Le problème concerne évidemment les salariés les plus précaires qui peuvent effectivement toucher des salaires très bas. Cette initiative, votée ce printemps par l’assemblée des délégués, prévoit un Smic à 22 francs suisses de l’heure pour 40 heures travaillées dans la semaine, soit un salaire mensuel de 3'800 francs suisses pour douze mois. Un vote qui n’a pas manqué de susciter des réactions, parfois surprenantes. Le patronat est évidemment farouchement opposé et ne manquera pas de mener campagne sur le thème du nivellement des salaires par le bas et du risque pour certains salariés de perdre leur emploi. Mais si cette position ne surprend pas, il n’est pas évident que même les Suisses les plus progressistes votent pour. D’ailleurs, dans le monde syndical, les avis sont très partagés. Car ce Smic remet en cause le sacro saint principe de la négociation bipartite entre syndicat et patronat. Et puis, pour le Suisse lambda, ce Smic protégera plutôt les salariés les plus pauvres, c'est-à-dire la plupart du temps, les étrangers et il n’est pas sûr que cette donnée l’incite à voter pour. Le Smic n’est pas encore établi chez nos voisins.
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