Groupement Transfrontalier

La Suisse vertueuse, punie par son franc, va punir les frontaliers

On dit du foehn, ce vent chaud qui descend dans nos vallées alpines, qu’il peut rendre fou. Il semble bien que ses effets commencent à se faire sentir chez nos voisins. Résolument optimistes, il y a encore quelques mois, tous les acteurs économiques suisses montrent des signes d’inquiétude pour le moins marqués. Vertueuse, la Suisse a bâti une économie que tous ses voisins lui envient. Un endettement faible, une capacité à conserver sur son sol des industries prospères, une stabilité politique, un droit du travail light et une fiscalité avantageuse lui ont permis de passer la crise sans réelles conséquences. Chacun pensait que le plus dur était passé. Tout ça, c’était avant la crise monétaire internationale ! Euro et Dollar en chute libre, il n’en a pas fallu plus pour que le colosse helvète se retrouve en déséquilibre. Vacillant sur ses bases, la Suisse découvre avec étonnement qu’elle dépend des autres et particulièrement de son plus proche voisin, l’Europe. Ces dernières années, les résultats, indéniablement positifs de l’économie, ont conforté un sentiment bien ancré chez nos voisins. Celui qui veut que seul, en ne comptant que sur lui-même, en profitant des niches et des faiblesses des autres, le pays pourrait rester un îlot de prospérité au centre de l’Europe. Même la mondialisation semblait passer à côté. La réalité est tout autre. Le monde a changé et l’autarcie n’existe plus. Le pays se prend les pieds dans ses vertus. Quelle dérision ! Parce qu’il est vertueux, les financiers se jettent sur le franc devenu une valeur refuge. Sa valeur s’envole et met en péril l’économie de la Suisse. Groggy, le pays ne sait plus comment réagir. La Banque Nationale Suisse fixe un taux plancher et les entreprises tentent de baisser leur coût de production. Dans ce grand capharnaüm, les travailleurs frontaliers se retrouvent, bien malgré eux, en première ligne. Ils ont le grand tort d’être les bénéficiaires, à court terme, d’un effet de change. Il n’en faut pas plus pour qu’ils se trouvent mis en cause. De voleurs d’emploi à pollueurs, voilà qu’ils deviennent les profiteurs de la crise. Si de la part de certains mouvements xénophobes, ces positions ne surprennent pas, beaucoup plus inquiétante est celle du directeur général de la Fédération des entreprises romandes. En posant clairement la question d’une différence de salaire entre frontaliers et résidents, Blaise Matthey n’hésite pas à jeter de l’huile sur le feu. Un feu qui couve et ne demande qu’à se propager. Une prise de position dangereuse pour nos régions frontalières. Les frontaliers ne doivent pas devenir une sous-catégorie de travailleurs, punie par leur employeur.

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