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Pourquoi parle-t-on de Suisse romande ?

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19/11/2015

Pourquoi parle-t-on de Suisse romande ? La réponse dans « La Chronique du frontalier de cette semaine.
« Suisse romande ou Suisse française ? »

Aucun homme politique helvète n’oserait parler de Suisse française en évoquant les cantons où la langue utilisée est le français. Ce serait perçu comme une provocation, voire même un blasphème ! Pourtant il fut une époque où ce lien était clairement revendiqué.

L’appellation de cette partie de la Suisse où l’on parle le français a fait débat pendant très longtemps chez nos voisins.
Historiquement l’actuelle Suisse romande a porté de nombreux noms : Suisse occidentale, Helvétie romande, Romanie, Suisse francophone… Mais tout au long du 19ème siècle  l’appellation Suisse française arrive en tête.
La France, grande puissance enviée par beaucoup, apparaît souvent comme un modèle aux yeux des Suisses de langue française.
Et même si le nom de Suisse française irrite un peu les Suisses alémaniques il n’y a quasiment pas de débat, du moins jusqu’au début de la guerre de 14/18. Eh oui, la première guerre mondiale divise la Suisse. Les Alémaniques sont germanophiles et les Romands francophiles.

Les débats, par voie de presse ou dans les arènes politiques deviennent vite tendus. La revendication de l’appellation Suisse française prend un sens très particulier !

Divers évènements viennent accentuer la conviction des Romands que les Alémaniques sont pro Allemagne et inversement bien sûr !
Entre 1914 et 1916 la presse romande met en avant le nom de Suisse française. La tension devient maximum et menace l’intégrité du pays.
Il faudra une séance houleuse du Conseil fédéral pour que soit réglé le contentieux. La « paix de Berne » compromis bien helvétique précise alors que, si les Romands sont des amis fidèles de la France, ils ne sont pas français et ils tiennent avant tout à la neutralité de leur pays.
Dès lors, et pour ne pas aviver les tensions, la presse utilisera le terme de Suisse romande, plutôt que de Suisse française. La seconde guerre mondiale ne viendra évidemment que confirmer cette évolution. Aujourd’hui, le débat est clos et il ne viendra l’idée à personne de parler de Suisse française !

Reste de cette époque le fameux terme, encore souvent utilisé de Röstigraben que l’on peut traduire par barrière du rösti (galette de pommes de terre typique) Il exprime les différences de mentalités entre une Suisse francophone et une Suisse germanophone.


Rédigé par Jean-François Besson, Secrétaire général du GTE, cet article a été publié le 9 novembre 2015 sur le Dauphiné Libéré.


Rendez-vous à mercredi prochain pour un nouvel épisode de #LaChroniqueDuFrontalier.