Groupement Transfrontalier

Swiss made

Curieusement, le vote des délégués de la fédération horlogère suisse visant à renforcer le label Swiss made a connu très peu d’échos dans la presse. Pourtant, les conséquences pourraient bien être considérables pour les travailleurs frontaliers du secteur, mais aussi pour les sous-traitants installés en France voisine. Depuis des décennies, le label Swiss made constitue un gage de qualité dans le monde entier. A l’heure de la globalisation, du copiage et de la contrefaçon, ce type de certification prend une valeur considérable. Dans les pays asiatiques, toutes les enquêtes montrent que le symbole de réussite sociale passe par la possession d’une montre de luxe estampillée Swiss made. On comprend mieux la volonté des horlogers de renforcer ce label. Lors de leur Assemblée générale, ils ont ainsi voté par un score bolchevique (87 %) une modification des conditions d’obtention du label. Pour qu’une montre mécanique puisse être qualifiée de Swiss made, il faudrait que 80 % au moins de son coût de fabrication soit imputable à des opérations effectuées sur le territoire. Les conséquences semblent évidentes. Il va falloir produire plus en Suisse, pays qui va avoir encore besoin et pour longtemps de personnel qualifié dans tous les domaines de l’horlogerie. Les travailleurs frontaliers peuvent donc être quelque peu rassurés. Un sentiment inverse bien sûr pour tous les sous-traitants étrangers et particulièrement ceux des régions frontalières. Les politiques français se plaignent amèrement de la fuite des emplois de l’autre côté de la frontière, il se pourrait bien que s’accentue aussi la fuite des entreprises. Comme souvent, il est difficile de faire la part exacte du positif et du négatif. Une horlogerie suisse performante, reconnue mondialement apporte beaucoup aux régions frontalières, mais cela doit-il avoir comme conséquence des régions frontalières françaises transformées en cités dortoirs ? Pas d’affolement toutefois. Si la fédération horlogère a voté, il faudra du temps et franchir d’autres étapes avant que ce taux soit appliqué. Côté suisse, une nouvelle ordonnance sur le Swiss made doit être acceptée par le Gouvernement puis l’Union européenne devra donner son avis car cette modification entraînera une évolution des accords de libre échange. Bref, pas avant huit ou dix ans. Le temps nécessaire pour ouvrir véritablement un dialogue entre élus mais aussi et surtout entre professionnels de part et d’autre de la frontière. Les Suisses ont une culture de la concertation, aux Français de prouver qu’ils peuvent être de véritables partenaires. Imprimer l'article