Groupement Transfrontalier

Haut les mains

La notion de démocratie directe, si chère à nos voisins suisses, peut prendre parfois des aspects bien étonnants. La plus belle illustration étant la votation à main levée qui existe encore dans deux cantons : celui d’Appenzell Rhodes intérieures et celui de Glaris. Une fois par an, en plein air, les électeurs se rassemblent toujours sur la même place. Les votations cantonales et les élections des membres du gouvernement se font alors à main levée, Un système qui, vu de France voisine, semble totalement loufoque et dépassé. Il faut dire qu’il présente un certain nombre d’inconvénients. Malades et handicapés ne peuvent y prendre place, quant à l’anonymat du vote, il vaut mieux oublier cette notion. Des raisons qui, en 1997, avaient poussé les habitants du canton d’Appenzel Rhodes Extérieures à mettre fin à ce système, par un vote à main levée. Mais voilà que 10 ans plus tard, la nostalgie gagne du terrain. Une initiative populaire visant à remettre en vigueur cette pratique est lancée. Elle illustre la perte d’un sentiment très fort d’appartenance à la collectivité qui émane de ce type d’organisation politique. Pour comprendre, il faut avoir vécu l’évènement ! Tout d’abord, il est de tradition de se rendre à pied jusqu’au lieu de rassemblement. Les plus éloignés pouvant marcher pendant une bonne heure. En chemin, le groupe s’étoffe et les discussions vont bon train. A 10 heures 30 tapantes, les fifres et les tambourins appellent les électeurs à se rendre sur le Ring, la place où va se tenir le vote. Les quelque 7 000 électeurs présents habituellement entonnent alors le chant du canton. Enfin, à 11 heures, les membres du gouvernement montent sur une estrade en bois. Les votes peuvent alors commencer ainsi que les élections. Chaque année, les membres du gouvernement doivent être confirmés par un vote à main levée ! La majorité est estimée à l’œil nu. En cas de doute, un deuxième ou un troisième tour permettent de trancher. Malgré leur volonté, les électeurs du canton d’Appenzell Rhodes Extérieurs auront beaucoup de difficultés pour retrouver leur votation à main levée. Car, même si une majorité se dessinait, il y a peu de chance que la justice accepte que le canton revienne sur un système qui exclut de fait une catégorie d’électeurs. Au grand dam de nombreux habitants qui, à l’heure de l’internet et de la communication virtuelle, regrettent les sentiments de solidarité et d’appartenance qui émanaient de ces journées de vote. Et puis, franchement, voter à main levée pour reconduire son maire et le conseil municipal, qui n’en a pas rêvé ! Imprimer l'article