Groupement Transfrontalier

La démocratie suisse passe le mur du son

Décidément, la démocratie suisse n’a pas fini de nous surprendre. Imaginez un citoyen français, habitant à proximité d’un aéroport militaire et qui, excédé par le bruit des avions, décide de faire interdire le survol de sa région par l’armée. Cela prête à sourire devant tant de naïveté. Et pourtant, c’est bien ce qui a failli se passer chez nos voisins, le dimanche 24 février dernier. Car notre voisin n’a pas hésité à lancer une initiative populaire. Il a recueilli les 20 000 signatures nécessaires et le peuple a dû se prononcer ; «contre le bruit des avions de combat dans les zones touristiques». Il faut bien reconnaître que la vie d’un pilote de chasse helvète n’est pas simple. C’est un peu comme si vous disposiez d’une superbe Ferrari et d’un bout de ligne droite d’à peine 500 mètres pour la conduire. A peine décollé, notre valeureux pilote doit couper les gaz sous peine de sortir du pays. Vous ajoutez le fait qu’il ne peut survoler les zones habitées et vous comprenez pourquoi cette initiative populaire, si elle avait abouti, signifiait de grosses difficultés pour l’armée suisse. A moins de négocier des zones d’entraînement chez les voisins, ce qui se pratique déjà ou de changer les avions à réactions par de petits coucous à hélices, il ne reste plus beaucoup de solutions pour l’Etat major ! Alors le peuple a tranché et les avions vont pouvoir continuer à survoler le pays. Mais cette votation est intéressante car elle prouve bien la maturité de la démocratie suisse. Il est vrai que, sur un sujet qui peu paraître farfelu, les citoyens peuvent entamer une action qui peut aller jusqu’au referendum. Et le peuple lui, peut juger et voter. Bien au-delà de l’aspect anecdotique de cette votation, c’est bien la notion de citoyenneté et d’appartenance qui ressort grandie. Ceux qui souhaitaient l’arrêt du survol des avions ont le sentiment d’avoir été entendus, car leur demande a été prise en compte. Ceux qui étaient pour ont pu s’exprimer par leur vote et c’est finalement le peuple souverain qui a tranché, légitiment et pour longtemps, la présence des avions de combat dans le ciel suisse.

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