Groupement Transfrontalier

De l’indépendance de la justice genevoise

L’affaire commence le quinze juillet dernier. Alertée par des membres du personnel du palace Président Wilson, la police intervient. Elle arrête Hannibal Khadafi, le fils du Président libyen et sa femme. Ils sont soupçonnés de maltraitance envers deux de leurs domestiques. Non seulement, ils sont arrêtés mais gardés deux nuits en prison pour finalement être inculpés de lésions corporelles, menaces et contraintes ! Après avoir versé une caution substantielle, ils peuvent quitter la Suisse dans l’attente du procès, les deux domestiques pouvant rester sur le territoire helvète, sous bonne garde. On imagine sans difficulté la surprise et la colère du fils Khadafi et de sa femme peu habitués à ce genre de procédure à leur encontre. La réaction du Président Libyen ne se fait pas attendre. Deux ressortissants suisses sont immédiatement incarcérés et la Libye menace la Suisse d’embargo sur son pétrole. Plus grave, la mère de l’un des domestiques est arrêtée et le frère de l’autre disparaît. La crise s’étale dans tous les médias et la ministre des Affaires étrangères, Micheline Calmy Rey, doit rentrer précipitamment de vacances pour tenter de résoudre la crise. Un retour précipité qui nous prouve deux choses. Premièrement, l’indépendance de la justice genevoise, deuxièmement, le poids du canton dans le système politique suisse. Car c’est bien le procureur de Genève qui a instruit l’affaire. Le Ministère des affaires étrangères a eu l’information après coup et n’a pu que réagir. Alors bien sûr, la diplomatie a pris le relais. Bien sûr, un compromis a été trouvé. Les domestiques qui ont vécu un enfer ont reçu un dédommagement conséquent et la mère de l’un deux a pu retrouver la liberté. Et si cette affaire nous laisse un goût amer, elle prouve tout de même que chez nos voisins, les puissants ne peuvent se comporter comme ils l’entendent. Un message d’espoir sans aucun doute, pour les nombreux domestiques qui, souvent considérés comme des esclaves, doivent subir les violences de leurs employeurs.

Imprimer l’article