Groupement Transfrontalier

Chômeur oui, frontalier non !

La conversation semble surréaliste et pourtant elle est bien réelle. Depuis plusieurs années, le Groupement donne régulièrement des conférences sur l’emploi en Suisse. Les maisons de l’emploi, les Mife font appel à nos services. L’objectif étant d’apporter aux personnes en recherche d’emploi un maximum d’information sur l’état du marché, les conditions de salaires, la différence entre le brut et le net… Bref de quoi pouvoir prendre sa décision en toute connaissance de cause. Récemment, nous avons été sollicité par une cellule de reclassement chargée d’aider les salariés des entreprises XXXX dans le Jura français à retrouver un emploi. Chacun connaît la situation de l’emploi dans cette région, la faillite de Smoby a suffisamment montré à quel point elle s’avère dramatique. Quoi de plus naturel pour les employés de ces entreprises, attachés à leur région, que de se poser la question du travail en Suisse ? Même si l’accès est difficile il y a peut-être une opportunité. Bien évidemment, le Groupement a répondu favorablement à la demande de la cellule de reclassement. Quelle surprise de recevoir quelques jours plus tard, un appel un peu gêné de la responsable nous informant que les élus locaux refusaient catégoriquement de mettre une salle à disposition pour cette conférence. Il est hors de question de favoriser l’emploi en Suisse ! Et voilà, c’est à peine croyable mais il vaut mieux être chômeur que frontalier ! Nous avons quand même pu faire cette réunion, dans les locaux de l’entreprise où plus de 100 personnes sont venues. Des salariés licenciés qui ont remercié nos intervenantes pour leurs informations et pour l’espoir qu’elles avaient pu susciter. Cet épisode montre à quel point la situation s’est dégradée en Franche-Comté. La campagne de dénigrement de la Suisse, lancée par la Chambre de commerce du Doubs et relayée par certains élus qui y ont trouvé un bon fonds de commerce en période électorale, porte ses fruits. Attention, si nous continuons sur cette voie, peut-être bien que le nombre de frontaliers va diminuer, mais celui de nos chômeurs augmentera aussi vite ! Qui peut aujourd’hui croire que des entreprises vont venir s’installer dans des zones sans liaisons routières ou ferroviaires importantes et avec un secteur industriel en déshérence ? Qu’on le veuille ou pas, l’avenir des régions frontalières passe par des relations transfrontalières y compris en matière d’emploi, sauf à préférer garder ses chômeurs !

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