Groupement Transfrontalier

Docteur, j’ai mal à mes tarifs !

Le code de déontologie médicale prévoit que les honoraires pratiqués par les médecins, hors conventionnement, sont appliqués avec tact et mesure. Et bien, je connais beaucoup de frontaliers qui vont être surpris en lisant ceci ! Car, il faut bien le reconnaître, nous assistons, dans nos régions frontalières, à une dérive manifeste des tarifs appliqués par le corps médical à destination des personnes non assujetties à la Sécurité sociale. Le raisonnement est, on ne peut plus simple. Puisque les frontaliers sont couverts, pour la plupart, par des assurances privées, qui remboursent les dépassements d’honoraires, on peut allègrement faire fi des tarifs conventionnés et les dépasser. Qui plus est, les assurés étant remboursés par leur assurance privée, ils ne prennent même pas conscience de l’importance de ces dépassements. Finalement tout le monde s’en sort à bon compte ! Sauf qu’il s’agit d’un raisonnement à courte vue et ce, pour les deux parties. Les assurés tout d’abord. Le principe de l’assurance est simple. Vous avez d’un côté les recettes : les cotisations et de l’autre, les dépenses : les remboursements plus les frais de fonctionnement. Et plus les dépenses augmentent et plus, il faut accroître les recettes, en l’occurrence les cotisations ! Il suffit de prendre connaissance des augmentations de ces dernières années dans toutes les compagnies d’assurance pour voir leur impact sur les revenus des frontaliers. Résultat, il devient de plus en plus difficile de financer son assurance, et beaucoup ont choisi de baisser leur niveau de couverture. Des patients pénalisés mais bientôt aussi les praticiens, car à ce rythme, la poule aux oeufs d’or ne va pas tarder à perdre ses plumes. Ces pratiques créent une distorsion entre les assurés Sécurité sociale et les autres. Certains praticiens n’hésitant pas à privilégier ceux qui leur permettent des revenus plus conséquents. Or, faut-il le rappeler, le libre choix de l’assurance devrait cesser en 2014. Si nous voulons qu’il perdure, il faut absolument éviter que l’assurance privée soit un facteur de dérive médicale dans les régions frontalières. Si tel devait être le cas, le gouvernement appliquera, ce que prévoit les accords bilatéraux : les frontaliers seront alors assurés auprès d’un régime obligatoire, soit en Suisse à la LAMal, soit en France à la Sécurité sociale. A chacun de prendre ses responsabilités !

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