Groupement Transfrontalier

Libre circulation : le retour des vieux démons

Après le OUI massif du peuple suisse à la prolongation sine die de l’accord sur la libre circulation des personnes en février dernier, beaucoup imaginaient la question de la limitation des travailleurs étrangers définitivement rangée au fond d’un placard. C’était sans compter sur la crise et la fragilité des politiques qui, même chez nos voisins, utilisent des solutions simplistes pour réconforter le peuple. Et lorsque le chômage augmente, quel est le remède le plus rapide, le plus évident, le plus électoral ? Limiter le nombre des travailleurs étrangers ! Et l’information est arrivée du plus haut. Le Conseil fédéral a discuté de la possibilité d’invoquer la clause de sauvegarde prévue par l’accord. Celle-ci permet de réintroduire des contingents d’autorisation à l’égard des ressortissants des anciens états de l’Union européenne pour les permis B et L. Le Conseil fédéral a chargé le Département fédéral de justice et police de réexaminer la situation et de lui soumettre une proposition sur la possibilité d’invoquer cette fameuse clause et de réintroduire des contingents. Fort heureusement, le conseil fédéral a finalement choisi de ne pas demander cette prolongation. L’impact sur l’Union européenne aurait sans doute été extrêmement négatif. De plus en plus isolée, la Confédération aurait eu beaucoup de mal à faire « avaler la pilule » à ses voisins. Il n’en reste pas moins que le fait d’avoir mis sur la place publique cette possibilité illustre bien l’impuissance des politiques devant l’économique. Ce type de mesure, qui doit devenir d’un autre temps, est uniquement une réponse politique, dont le seul but est de prouver à ses électeurs que l’on agit. Elle illustre néanmoins la fragilité de ces accords bilatéraux que l’on a un peu trop tendance à considérer comme définitifs désormais. Il suffirait que la crise s’accentue, que le chômage explose pour que leur remise en cause revienne sur le tapis. Mais attention, nous sommes toujours l’étranger de quelqu’un d’autre ! Et la machine du rejet a ceci d’extraordinaire qu’elle s’auto alimente en réduisant de plus en plus son cercle. La preuve, le canton de Vaud râle de plus en plus fort contre les chômeurs vaudois qui ont travaillé à Genève et qu’il doit indemniser ! Le vrai courage est l’ouverture et cela demande beaucoup de volonté et de pugnacité !

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