Groupement Transfrontalier

Pas de nouvelles frontières !

Samedi dernier, aéroport de Cointrin, 13h30 retour d’un trek en Jordanie. Nous sommes sept copains, partis marcher une semaine dans le désert, et qui reviennent en pleine forme. Pour nous accueillir, la femme de l’un de mes amis, habitant en Suisse, a pris sa voiture immatriculée à Fribourg. Un autre ami est venu récupérer le reste du groupe avec une voiture immatriculée en Haute-Savoie. Passage de la douane sans problème et embarquement dans les deux véhicules. Au premier feu de signalisation, nous nous trouvons côte à côte. Il s’ensuit quelques interpellations, illustrées de grands gestes d’une voiture à l’autre, bref une bonne ambiance, un peu potache. Démarrage et arrêt au feu suivant mais là surprise : un taxi genevois se porte à la hauteur de la voiture immatriculée en Suisse. Le chauffeur baisse sa vitre et manifeste son soutien aux occupants à l’encontre de ces : « salauds de frontaliers, qu’il ne supporte plus et qu’il a ce qu’il faut pour les calmer dans sa voiture. Et puis s’il faut, il appelle tout de suite la police… » Bref, un délire haineux d’une violence extrême et qui laisse complètement abasourdis les occupants du véhicule. Sur les sept amis, un seul est frontalier à Fribourg. Cet acte isolé, fort heureusement, illustre malgré tout une évolution inquiétante des relations entre les populations dans ce bassin de vie. Au poste de Secrétaire général du Groupement transfrontalier européen depuis 20 ans, je n’ai jamais vécu ce type de comportement, c’est la première fois. Cette attitude a choqué mes amis, à qui j’ai dû expliquer qu’il s’agissait d’un fait peu commun et que nos voisins font preuve, dans leur très grande majorité, d’ouverture. Que Genève, en particulier, est une terre d’accueil où plus de la moitié des habitants est d’origine étrangère. Il n’en demeure pas moins que de plus en plus de personnes, frontaliers ou pas, Suisses ou Français, constatent cette dérive. Le message xénophobe fait son chemin, insidieusement. A chacun d’entre nous de se battre, au quotidien, pour qu’il ne vienne pas un jour dresser des barrières entre nos populations. Il a fallu des siècles pour que les frontières commencent à s’effacer, faisons en sorte de ne pas les rétablir !

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