Groupement Transfrontalier

Franc suisse/euro : trop vite, trop fort !

Qui aurait pu croire, il y a quelques mois, que le franc suisse friserait la parité avec l’euro ? Tout l’été, la dégringolade de l’euro a alimenté largement les conversations en zone frontalière. Jamais, nous n’avons été autant sollicités par les médias, des deux côtés de la frontière. Et comme souvent, la plupart ont présenté une vision caricaturale des conséquences de cette évolution : le jackpot pour les travailleurs frontaliers ! Alors certes, personne ne viendra se plaindre de voir son pouvoir d’achat augmenter. Mais de là à transformer les frontaliers en nantis ou en profiteurs il y a une marge ! Premièrement, l’évolution des monnaies n’est pas du fait des frontaliers que je sache ! Depuis des décennies, ils doivent vivre avec les évolutions du franc, qu'elles soient positives ou négatives. Lorsqu'en 2001, le franc suisse avait baissé de plus de 12 % en une année face à l’euro, il n'y a pas eu beaucoup d’articles sur les difficultés que pouvaient engendrer cette baisse de pouvoir d’achat. Encore moins de patrons proposant d’augmenter le salaire pour compenser cette perte ! Aujourd’hui, chez certains employeurs, la tendance consiste à baisser le salaire des frontaliers voire même à le convertir en euros. Juridiquement, la question n’est pas totalement tranchée. Une entreprise peut légalement payer ses salariés, avec leur accord, dans une autre monnaie, mais tous les salariés. Payer certains dans une monnaie et d’autres dans une autre ressemble fortement à de la discrimination. Sans parler des complications ensuite pour l’entreprise qui devra s'acquitter des charges sociales en francs suisses. Et qu’adviendra-t-il si l’Euro reprend de la vigueur ? La Confédération devrait prendre une position rapidement sur ce point. Menacé dans son emploi, le travailleur frontalier l’est aussi pour son endettement. Beaucoup ont emprunté en francs suisses ; en cas de chômage partiel ou total, il faudra continuer à rembourser en francs. Les conséquences peuvent être dramatiques. Enfin, le travailleur frontalier se trouve encore plus jalousé. Il suffit de lire les commentaires publiés par les internautes après chaque article sur le sujet pour comprendre le malaise que ressentent de plus en plus de travailleurs. Non décidement, un franc suisse trop fort n’est définitivement pas une bonne nouvelle pour les travailleurs frontaliers et pour les régions frontalières !
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